lundi 9 octobre 2017

Hommage - Grant Wood


American Gothic est probablement l'un des tableaux américains les plus connus aujourd'hui, au même titre que les peintures d'Edward Hopper. Lorsque Grant Wood décide en 1930 de peindre ce couple de paysans austères debout devant leur demeure néogothique - j'ai découvert il y a peu qu'il s'agissait en réalité d'un père et de sa fille mais ai décidé pour mon strip d'en rester à ma première impression -, l'Amérique est alors en pleine crise économique et les critiques en proposeront bon nombre d'interprétations, parfois contradictoires mais toujours en rapport avec leur temps. S'agit-il d'une satire de la société rurale américaine ou bien d'un hommage à cette dernière, avec ses traditions, ses valeurs et la dureté des caractères qui s'y forgent à la fourche comme au fourneau ? Cette famille est-elle en deuil, comme semblent le suggérer les rideaux fermés à l'étage en pleine journée (c'était la coutume à l'époque de l'Amérique victorienne), ou bien le peintre a-t-il décidé de faire le portrait symbolique d'une Amérique endeuillée par la perte de ses racines ?

Peu m'importe, au fond. J'aime ces visages durs au regard froid, cette maison sombre et sobre, ces couleurs ternes et cette composition dépouillée qui rend compte de la simplicité d'un temps tout à la fois plus simple et moins souple que le nôtre, où les vies humaines se réduisaient encore à l'essentiel. Et s'agissant d'agriculture, comment pouvais-je résister à la tentation d'y fourrer mes porcs et de détourner le tout par l'ajout des quelques cochonneries dont je suis désormais coutumier ? Quant à l'interprétation de mon interprétation de l'interprétation de Grant Wood, je suppose qu'on pourra toujours me reprocher le fait qu'on ne sache pas si c'est du lard ou du cochon. Et, comme vous pouvez vous en douter, je m'en accommoderait fort bien !

samedi 23 septembre 2017

Hommage - Vanitas

Quand on parodie une oeuvre, c'est en général une oeuvre qu'on apprécie. Cette vignette ne déroge pas à la règle, qui reprend le tableau de Philippe de Champaigne intitulé Vanitas. Réalisé en 1671, ce dernier,  sous-titré "Allégorie de la vie humaine", s'inscrit dans la tradition dite du Memento mori, un genre artistique dont le nom latin signifie "Rappelle-toi que tu vas mourir" et qui semble se donner pour but de faire prendre conscience aux hommes de la vanité de toute entreprise terrestre, la mort rendant futiles richesse et réussite, au même titre qu'échec et pauvreté, qui perdent toute valeur au jour de notre trépas.

Dans son tableau, Philippe de Champaigne juxtapose de manière symétrique une tulipe, un crâne et un sablier, faisant ainsi le portrait symbolique d'une humanité définie par une vie fragile (la tulipe, dont un pétale commence déjà de s'incliner, manifestant ainsi le début du déclin) menacée par le passage inexorable du temps (le sablier), qui l'oblige à faire face à la peur qui la fonde, celle de la mort, le regard du spectateur ne pouvant éviter de s'enfoncer dans les orbites creuses du crâne situé au centre de l'oeuvre (et que j'ai malicieusement remplacé par un champignon). L'aspect épuré de cette peinture empêche toute distraction. Nous sommes donc, seul face à nous-mêmes (une impression de solitude infinie me prend à la vue de cette tablette dépouillée sur fond noir, baignée d'une lumière terne et froide), amenés à nous interroger sur notre propre rapport à la mort et, par la même occasion, songer qu'au fond nous n'avons pas de raison d'accorder tant d'importance à ces petites choses qui rendent parfois le monde matériel si compliqué.

La prise de conscience de la mort, les angoisses nées de cette dernière et sa conceptualisation sont selon moi ce qui fonde toute civilisation, ce que toute création humaine, d'une manière ou d'une autre, nous rappelle : nos innombrables sépultures, les pyramides et le Taj Mahal sont autant d'exemples de l'importance que revêt à nos yeux cette transition de la matière organique qui nous constitue d'un état à un autre, dont nous ne savons pas grand-chose mais dont nous connaissons avec certitude la fatalité. Cette impossibilité de savoir, doublée de la contradiction qui consiste pour l'homme à lutter pour survivre tout en sachant très bien qu'il mourra, engendre en lui comme une faille, un gouffre où s'engouffre son imaginaire, qui n'a jamais eu de cesse de le combler d'images et d'idées, de concepts et de conceptions, de projets et de projections, dans le but unique de se rassurer, autrement dit de se donner l'illusion de contrôle ce qui pourtant lui échappe (le cauchemar n'est-il pas, lui aussi, paradoxalement, le moyen que trouve l'enfant de combattre sa peur du noir ?). Dans 2001, L'Odyssée de l'espace (1968), Stanley Kubrick matérialise cette recherche de maîtrise sous la forme d'un monolithe noir dont la géométrie parfaite donne forme à l'informe, et l'impalpable de devenir palpable - en apparence - par le truchement d'une stèle géante.

samedi 9 septembre 2017

Hommage - Auguste Rodin

Pourquoi Le Penseur, cette célèbre statue créée par Auguste Rodin en 1882 et qui devait à l'origine illustrer l'un des épisodes de La Divine comédie de Dante, me parle-t-il tant ? Ce poète aux portes de l'Enfer devenu plus modestement et plus universellement penseur dans sa version finale, avec son corps musclé, sa position de méditation métaphysique savamment calculée, son regard plongé dans les méandres de son labyrinthe intérieur et l'impression générale de repli sur soi qu'il donne à voir tout en se dérobant au regard du spectateur, ce philosophe solitaire, disais-je, imperturbable et dénudé, symbole selon moi d'un rapport honnête et simple au monde ainsi qu'à soi, fonctionne tout à la fois comme un miroir et, par conséquent, comme une invitation directe à la réflexion.

Connaissance de soi, silence et solitude sont les clefs du savoir et de la vérité. En quête de sens, ne nous laissons pas divertir. Restons concentrés, comme ce penseur, débarrassé des oripeaux du monde moderne, où l'âme se meurt de ne plus pouvoir respirer, prisonnière du bruit, d'une matérialité délétère et d'idées qui ne sont pas les siennes. Esprit sain dans un corps sain, le penseur poursuit sa voie, sans pour autant nous inviter à le suivre. Ce qui l'entoure, en effet, semble lui être indifférent. Nous sommes donc libres. Libres d'interpréter à notre guise sa prise de position (dans tous les sens de l'expression), de l'admirer et d'adhérer ou non au message qu'il peut à son insu nous faire passer et qui ne saurait être autre chose qu'une projection. Et si cette statue nous interroge, notamment sur notre propre nature, il se pourrait également qu'elle nous apporte une réponse sous forme de définition : l'homme est au fond le miracle par lequel la matière est devenue consciente d'être.

En ce qui me concerne, ce penseur me rappelle surtout quelqu'un que j'ai la prétention de connaître plutôt bien : moi-même. Réfléchissant à tout vingt-quatre heures sur vingt-quatre depuis que je suis en âge de le faire, je n'ai de répit que dans mon sommeil et recherche activement, et ce de manière vitale depuis mon entrée dans le monde du travail salarié, ces moments de retrouvailles avec moi-même qui me permettent de prendre le recul nécessaire pour analyser, encore et encore, ce qui m'obsède, me travaille ou me fascine, ou tout simplement rêver et m'adonner à l'une de mes occupations favorites : la création sous toutes ses formes.

Et vous, que vous inspire ce penseur salutaire ?


samedi 26 août 2017

Hommage - Mario

Pourquoi rendre hommage à Super Mario Bros ? se demanderont certains. Un jeu vidéo ! Eh bien tout simplement parce que j'en ai envie. Et puis, il faut bien le dire, parce que c'est l'une des œuvres - j'ose le dire - qui ont bercé mon enfance et nourri mon imaginaire. Sur le plan ludique, il va de soi que le concept imaginé par Shigeru Miyamoto en 1985 pour la console de salon de Nintendo, la célèbre NES, était plus novateur encore que son prédécesseur, sorti sur borne d'arcade en 1983.

Super Mario Bros était un jeu de plates-formes (de formes plates, donc) au propos pour le moins étonnant : un plombier moustachu devait tirer une princesse (non, ce n'est pas encore ce que vous pensez, bande de petits cochons !) - la tirer, disais-je, des griffes d'un vilain dragon, le tout en ramassant des pièces, se glissant dans divers tuyaux et combattant des tortues, des lanceurs de carapaces ornées de pics et des champignons qui, parfois comestibles, permettaient de grandir, ceci sans compter les fleurs, qui octroyaient à ce gras du bide agile vêtu de rouge et de bleu de changer de couleur et de se mettre à lancer des boules de feu sur ses ennemis.

Le tout était extrêmement bien pensé, la manette de la NES permettant une simplicité dans le gameplay qu'on peinerait à retrouver de nos jours : une croix multidirectionnelle pour se déplacer, un bouton pour courir et un autre pour sauter. Sur le plan visuel, les décors étaient tout à la fois minimalistes et beaux, avec ses fonds noirs ou bleus, ses arbres verts ou blancs, ses châteaux faits de briques rouges et ses nuages blancs pixélisés, tandis que tout était fait pour rendre évident le rôle des éléments présents à l'écran, du brillant de la pièce qui pousse le joueur à la prendre à la rotondité du chapeau des champignons, qui n'était autre qu'une incitation graphique à leur sauter dessus, tout était clair au point d'en devenir intuitif : l'ennemi l'était parce qu'il se rapprochait de vous, tandis que ce qui était bon pour vous s'éloignait.

Il y avait quelque chose de magique dans cet univers, contrôlable du bout des doigts, dans ces graphismes limités mais parfaitement exploités, dans ces bruitages reconnaissables entre mille et dans les musiques inoubliables de Koji Kondo, composées, ne l'oublions pas, dans le but de tourner en boucle sans pour autant lasser le joueur. Super Mario Bros, c'est l'un de ces moments, dans l'histoire du jeu vidéo, qui fit de la création de ces espaces vidéoludiques au but commercial manifeste un art à part entière - et de Nintendo le Disney de cette nouvelle forme artistique.



samedi 19 août 2017

Objets - réalisation de la couverture de mon deuxième recueil poétique


Comme certains d'entre vous le savent peut-être déjà, je ne me contente pas de mes Histoires cochonnes pour m'exprimer, bien qu'il s'agisse pour l'instant de mon projet le plus populaire. En sus de mes dessins humoristiques, j'écris également de nombreux textes dans des formats divers, l'un d'entre eux se trouvant être le poème. Il y a peu, paraissait ainsi mon deuxième recueil poétique, Objets, disponible aux éditions Stellamaris : cliquez ici si vous voulez le voir ou l'acheter. Ce fut l'occasion pour moi de réaliser une couverture que je pense digne de ce nom. Voici les différentes étapes de cette création, dont le style est dans la droite lignée de mes Histoires cochonnes :

1. Étapes préliminaires :

Le crayonné
L'encrage
Le gommage











Les aplats noirs et les ombres















Le seuil sous Gimp, pour
accentuer les contrastes.
Une première colorisation sous
Gimp, dont je suis peu satisfait.















2. Résultat final :

Après plusieurs heures de colorisation sous Gimp, je suis
enfin satisfait de mon travail et me dis qu'il est grand temps de m'arrêter.

samedi 12 août 2017

Hommage - Dilbert

Tête de pouce, coiffure incompréhensible, cravate en érection, voici Dilbert, employé de bureau cynique et désabusé par le truchement duquel Scott Adams, son créateur, commente depuis 1989 le monde de l'entreprise, ses travers, ses contradictions et son fonctionnement pour le moins ubuesque, dans des strips en trois cases caractérisés par un graphisme souple, sobre et simple, un vocabulaire assez riche et des situations cocasses où l'absurde règne en maître.


Dilbert est une série tout à la fois si pertinente et percutante qu'elle valut à Scott Adams de se faire licencier de l'entreprise dans laquelle il travaillait à l'époque de sa création pour des raisons qui me semblent évidentes : ses critiques acerbes gênaient quelque peu ses employeurs, qui se sentaient, à juste titre, visés. Fort heureusement, le succès de Dilbert permit à son génial géniteur d'en vivre en vendant nombre de livres et de produits dérivés (il y eut même une série télévisée) grâce au système qu'il critiquait.

Il n'en demeure pas moins que la lecture de ces strips lors de mon entrée définitive dans le monde du travail me permit d'observer avec beaucoup plus de légèreté la lourdeur de l'administration dans laquelle j'évolue, pesante à bien des égards pour les individus indépendants et rêveurs. Cette distance est un soulagement bienvenu dans un univers d'adultes qui se prennent souvent beaucoup trop au sérieux et s'aliènent dans des tâches parfois dépourvus de sens pour se donner l'illusion d'être utiles.

Merci donc à Scott Adams d'avoir offert au monde du travail cet exutoire indispensable qu'est Dilbert !

dimanche 23 juillet 2017

Hommage - Osamu Tezuka

Le deuxième dessin animé tiré de l'oeuvre d'Osamu Tezuka, j'ai nommé Astro Boy, plus connu dans nos contrées sous le nom d'Astro, le petit robot, est la première série dont je parviens à me souvenir, même si quelques bribes seulement restent accessibles à ma conscience. Je suis donc, vous l'aurez compris, amoureux depuis ma plus tendre enfance du style de celui qui est aujourd'hui considéré dans son pays d'origine comme le dieu du manga.

Pourtant je ne découvris les aventures imprimées du plus célèbre des petit robots, publiées de 1952 à 1968 au Japon, que tardivement, après m'être plongé dans La Vie de Bouddha, l'un de ses chefs-d'oeuvre, dont la scène d'ouverture, avec ce lapin généreux qui se sacrifie pour sauver un homme en se jetant dans les flammes, a su tirer de moi quelques larmes dès les premières cases, et Black Jack, une histoire tout à la fois sombre et légère inspirée de l'expérience de Tezuka dans le monde de la médecine au cours de ses jeunes années, notamment pendant la seconde guerre mondiale.

Traversé par l'obsession du maître pour le bien, le beau et le vrai, par son goût prononcé pour la parabole et par des références multiples à la culture occidentale (Astro est une sorte de Frankenstein ou de Pinocchio moderne soumis aux trois lois de la robotique imaginées par Isaac Asimov et son graphisme est un héritage direct des dessins de Walt Disney, les deux auteurs s'étant voué d'ailleurs une admiration mutuelle), le manga porte un message éminemment positif, ce que ne laissait pas nécessairement présager le titre japonais, Tetsuwan Atomu. Ce dernier dévoile en réalité toute la philosophie du maître : la technologie n'est en elle-même ni bonne, ni mauvaise, seule la manière dont on s'en sert pouvant se révéler comme telle (une idée que reprendra James Cameron, féru de mangas, dans la plupart de ses films et, surtout, dans ses deux Terminator). Mieux, il n'est pas d'expérience négative (en l'occurrence, la bombe atomique) dont on ne puisse tirer quelque enseignement pour l'avenir et, par conséquent, quelque chose de bon.

Bien entendu, l'ensemble a vieilli, sans compter que le mangaka visait avec son Astro le jeune public, ce qui peut donner à des adultes l'impression d'une certaine naïveté, tant dans le trait que dans les dialogues et la narration. Je trouve au contraire dans le charme désuet de ces petites histoires une innocence revigorante et retrouve un élan d'espoir qui semble avoir aujourd'hui déserté les esprits. Cet enfant-robot du futur, version japonaise des super-héros américains, prêt à tout pour faire triompher ce qu'il considère comme juste, ne nous fait-il pas savoir, par son existence même, aussi fictive soit-elle, que rien n'est impossible et qu'il faut avoir confiance en l'avenir, celui-ci n'étant au fond que ce qu'on en fait ? C'est à cet optimisme, en tout cas, que semblera répondre quelques décennies plus tard Katsuhiro Otomo dans Akira, un manga dont l'univers est tout aussi futuriste mais beaucoup plus noir...

samedi 8 juillet 2017

Hommage - Philippe Geluck

Qui ne connaît pas Le Chat, créé par l'artiste belge Philippe Geluck en 1980 pour les faire-part de mariage de son créateur, avant de devenir une star du strip satirique dans le journal Le Soir à partir de 1983 ? Son graphisme épuré, ses couleurs vives et ses saillies percutantes, pertinentes, impertinentes, ont marqué plusieurs générations de lecteurs, dont l'auteur de ces lignes, qui trouva tardivement dans cet humour unique une source intarissable d'inspiration. Je ne pouvais donc pas ne pas rendre hommage à ce brave monsieur et à son chat, manifestement félin pour l'autre, pour ne pas citer le titre français de l'une des séries d'aventures d'un autre chat célèbre, auquel j'ai déjà rendu hommage ici.